L’Art du Synonyme

Avec les majuscules, je vous prie !

Petit article bien plus succinct que les précédents, parce que ça ne fait pas de mal de faire dans le moins de 900 mots à nouveau ! Aujourd’hui, je fais donc un encart spécial synonymes parce que je n’ai pas de plus grande joie dans ma vie que lire un RP tout droit sorti du dictionnaire. (Non, en fait, j’en ai, mais ça m’arrache souvent un sourire après l’expression d’horreur pure).

yakko-dictionnaire

Alors, pourquoi utiliser des synonymes ? Pour ne pas se répéter, ou tout simplement parce que le mot qui nous vient n’est pas le plus évocateur, ni n’apporte la nuance désirée. Et quoique la langue française s’exprime beaucoup par périphrases, analogies et métaphores, faire simple est un exercice tout aussi sympathique.

C’est ainsi qu’on se retrouve face à son dictionnaire des synonymes en ligne ou papier, pimpant et plein de bonne volonté. Qu’on choisit un mot qui fait joli et poétique. Qu’on l’utilise, désireux de faire grandir en qualité l’aspect littéraire de nos messages. Et c’est très bien, hein ! Puisque nous avons une langue riche, autant s’en servir ! Seulement… La seconde étape de la recherche de synonymes passe à la trappe une fois sur deux. Et quelle est-elle ?

La vérification. A moins de vouloir amuser les autres joueurs un peu trolls (moi, pour n’en citer qu’un), vous y gagner à simplement vous assurer que le synonyme choisi signifie vraiment ce que vous vouliez dire.

Petits exemples :

  • Les lippes : utilisées comme synonyme pour lèvres, elles ont tendance à provoquer chez moi un sourire. La lippe, c’est la lèvre inférieure épaisse. A moins que vous n’ayez plusieurs lèvres inférieures, auquel cas je conseille un rendez-vous chez le médecin, le singulier s’impose.
  • L’érythème : je l’ai quelques fois croisé en lieu et place de rougeur (pour les joues). C’est en effet un synonyme, mais un érythème, c’est la rougeur qui apparaît sur la peau après une piqûre d’insecte, par exemple. Celle qui blanchit quand on appuie dessus. Donc à moins de parler d’une condition médicale, on y gagne à s’en tenir à la coloration rougeâtre de la peau, le rosissement, etc.
  • Diaphane : que j’ai vu pour les yeux. Ou pupilles, je ne suis toujours pas certain. Toujours est-il que diaphane sert à qualifier le teint particulièrement pâle d’une personne ou signifie translucide. Rien à voir avec le regard, je le crains.
  • Dextre : signifie « qui se trouve du côté droit ». Le terme est vieillot, mais peut être utilisé pour qualifier une main. La main droite, donc. Il n’est par contre pas interchangeable avec main, encore moins mains au pluriel, sauf sérieuse malformation du personnage ! (Merci à Cendre pour sa contribution !)

Voilà pour ce petit aparté sur les synonymes. On en retiendra, en somme, qu’avant d’utiliser un joli mot, un passage par le dictionnaire classique ne fait de mal à personne. Et qu’accessoirement, jolis mots + tournures de phrase alambiquées donnent bien souvent un mélange qui demande une ou deux relectures pour comprendre. La sobriété est une qualité, qu’on se le dise !

(Et oui, je sais, ceux qui s’adonnent au doux plaisir du beau mot reçoivent une tonne de compliments. En général, d’ailleurs, de joueurs qui n’ont rien compris, mais trouvent impressionnante cette maîtrise du vocabulaire. Personnellement, je préfère qu’on me réponde « Machin s’offusqua » que « Machin sentit l’aquilon de l’outrage gonfler son cœur enténébré ». Chacun son truc.)

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L’inspiration, ce cadeau empoisonné

Breathing.full.155630Le jeu de rôle, je le définis à l’heure actuelle tel que je l’ai, finalement, toujours défini : on interprète un personnage et seulement lui, en improvisant ses actions en fonction de celles faites par les autres personnages. Personnages qui, eux, sont joués par d’autres rôlistes. Le jeu de rôle textuel le fait par le biais de l’écrit, ce qui n’en fait pas pour autant l’équivalent de l’écriture d’un roman ou d’une nouvelle. Le premier est une activité sociale, s’il ne fallait que ça pour les différencier, alors que l’autre est une pratique majoritairement solitaire. Se pose aussi la question de la maîtrise de l’univers et du scénario, que le rôliste n’a pas alors que l’écrivain si. Pour autant et malgré toutes leurs différences, le jeu de rôle textuel et la littérature ont des points communs, dont l’importance relative de l’inspiration.

Mais commençons doucement.

[Cet article aborde un sujet qui me tient à cœur, mais il se place aussi dans le cadre de la seconde édition du concours Vis ma vie de rôliste organisé par Infinite RPG. Pour plus de définitions sur le jeu de rôle textuel, je vous invite chaleureusement à lire le très complet et un brin sarcastique lexique de SRL sur Roleplay and sarcasm.] Lire la suite

Le RP le plus court possible : ma méthode

Cet article servira surtout à détailler ma méthode pour faire mes RPs. C’est une méthode parmi d’autres qui correspond surtout à la manière dont je conçois le jeu de rôle textuel, une philosophie développée la semaine dernière pour plus de compréhension. Puisqu’il m’a gentiment été demandé de détailler un peu tout ça pour voir comment je m’y prends… allons-y pour une autopsie.

(Ou pas, mais on se comprend.)

Les bases

D’abord, il faut bien comprendre que Lire la suite

Action, réaction : le cœur du JDR

Hermione Granger (Harry Potter)Presque deux ans que je n’avais pas parlé de la taille des RPs, un sujet que j’affectionne pourtant beaucoup et me sens donc obligé d’aborder à nouveau. Je serai peut-être un peu moins intransigeant qu’avant, non que ma passion du RP long se soit subitement manifestée, mais de nouvelles expériences et discussions m’ont permis d’affiner un peu mon approche. A l’inverse de ce que je me disais à l’époque, je ne pense pas que la discussion soit réellement une question de quantité VS qualité. C’est une question de philosophie du RP. Je m’explique. Lire la suite

Qu’est-ce qu’un bon RP ?

A une époque lointaine, puis moins lointaine, j’ai participé sur un forum dont l’objectif était d’aider à améliorer ses RP. Une attention louable, pour peu qu’on s’entende tous sur la définition d’un bon message de jeu sur forum RPG. J’ai quitté ce forum, mais ma réflexion sur le sujet n’a jamais cessé pour autant. Comme je critique encore régulièrement certaines façons de pratiquer le jeu de rôle sur forum, je vais pour une fois expliquer un peu ce que j’entends par « un bon RP » (lire également : le nombre de lignes sur les forums RPG).

Il doit pour moi respecter plusieurs critères : aller à l’essentiel, faire avancer l’intrigue, ne pas se concentrer sur les personnages mais sur leurs interactions. Un bon RP pour moi est aussi bref que possible. Il développe ce qui a besoin de l’être, dans des proportions qui lui permettent de rester dense même s’il est court. Il dit un peu, mais montre beaucoup.

Un bon message de jeu est spontané.

Les forums RPG ne sont pas des histoires à plusieurs mains. Ce sont des jeux de rôle utilisant comme support des forums sur lesquels les agissements des personnages sont écrits et non exprimés oralement. Dès lors, l’évolution du contexte/scénario prime sur le développement des personnages, même si celui-ci est nécessaire pour cette progression.

J’insiste sur ce point car les RP pèchent trop souvent par un excès de développement. Y sont souvent décrits des éléments complètement inutiles pour l’action et inintéressants pour l’évolution des personnages. On ne fait pas de bonne dissertation sans avoir choisi une problématique, on ne fait pas de bons RP sans avoir défini un angle d’approche auquel on se tiendra. Cet angle implique d’éliminer les détails qui l’encombrent et cherchent à l’élargir. Tout dire ne présente aucun intérêt : on ne cherche pas à jouer de manière objective. C’est la vue subjective qui rend le jeu intéressant.

Quand j'étais petit, je...

Je me souviens que quand j’étais petit, je…

Prenons un exemple : un univers post-apocalyptique. Une jeune femme, qu’on va nommer Sabrina, rencontre un homme qu’elle pensait ne jamais revoir. Elle est actuellement à des kilomètres de là où ils vivaient avant l’évènement qui a déclenché la fin du monde, elle dans son appartement, lui en prison. Dans la forêt où elle est partie chercher de quoi faire un feu, Sabrina voit un cerf chuter alors qu’un carreau d’arbalète l’a tué. Survient alors l’homme en question, sale, vindicatif, qui la reconnait au premier coup d’œil. Il pointe l’arbalète sur elle ; Sabrina est le témoin qui avait permis son emprisonnement et elle sait qu’il l’a reconnue. Y a-t-il besoin de passer en revue les évènements qui sont à l’origine de la haine du chasseur ? Non. Là elle doit survivre parce qu’il est très clair qu’il compte bien se venger. La priorité n’est pas de savoir ce qui s’est passé, mais de fuir ou de combattre. Le reste est accessoire, ou bien sera développé tout au long du topic via le jeu et non la narration. On ne développe pas un personnage en s’étalant sur sa vie et son processus mental.

C’est en sélectionnant les informations que le RP deviendra plus dense et plus intéressant non seulement à lire, mais aussi comme base pour rebondir. L’action prime. Parfois il ne s’agit que de discuter. Il y en a régulièrement des topics dont l’intérêt principal est la discussion entre les personnages. Faut-il pour ça s’étendre sur ce qu’ils pensent ? Rarement. Sur ce qu’ils font ? Ma foi, ils sont dans un bar. Yaël et Pietro ne vont sans doute pas se mettre à danser la salsa sur la table alors qu’ils se mettent d’accord sur les termes d’un pari concernant Juliette, la sœur d’un collègue, qu’ils trouvent particulièrement maladroite. Il y a du sous-texte dans la scène ? Gardons-nous de l’expliciter. Si la conversation semble un peu tendue à cause d’une histoire entre les deux hommes, autant ne pas la révéler au grand jour trop vite. Donner des indices suffit à éveiller la curiosité tout en rendant le RP plus consistant. Rien n’empêche de développer le sujet une autre fois si l’occasion se présente. Ici, ce qui compte, c’est le pari.

En général, un bon RP est un RP dont les priorités sont respectées. L’intrigue du fil de jeu passe d’abord. C’est par elle qu’on en apprend plus sur ce que les personnages ont dans le ventre, selon leurs agissements. Seul l’essentiel est révélé pour ne pas trop en dire, pour ne pas amoindrir l’impact de ce qui se passe. Un bon RP est aussi bref que ce que l’action contenue dans le message lui permet.

(Et on notera que je parle au singulier de l’action décrite par un message. Je ne parle pas ici des petits gestes sans trop d’importance, mais d’un acte fort et impactant. S’il y en a plus d’un dans votre RP, il y en a trop et vous venez de griller un tour à votre partenaire.)