L’inspiration, ce cadeau empoisonné

Breathing.full.155630Le jeu de rôle, je le définis à l’heure actuelle tel que je l’ai, finalement, toujours défini : on interprète un personnage et seulement lui, en improvisant ses actions en fonction de celles faites par les autres personnages. Personnages qui, eux, sont joués par d’autres rôlistes. Le jeu de rôle textuel le fait par le biais de l’écrit, ce qui n’en fait pas pour autant l’équivalent de l’écriture d’un roman ou d’une nouvelle. Le premier est une activité sociale, s’il ne fallait que ça pour les différencier, alors que l’autre est une pratique majoritairement solitaire. Se pose aussi la question de la maîtrise de l’univers et du scénario, que le rôliste n’a pas alors que l’écrivain si. Pour autant et malgré toutes leurs différences, le jeu de rôle textuel et la littérature ont des points communs, dont l’importance relative de l’inspiration.

Mais commençons doucement.

[Cet article aborde un sujet qui me tient à cœur, mais il se place aussi dans le cadre de la seconde édition du concours Vis ma vie de rôliste organisé par Infinite RPG. Pour plus de définitions sur le jeu de rôle textuel, je vous invite chaleureusement à lire le très complet et un brin sarcastique lexique de SRL sur Roleplay and sarcasm.]

Des approches différentes, mais sœurs.

Pour moi qui ai un style de jeu plutôt succinct, basé sur l’action plutôt que le développement narratif, l’écriture d’une histoire suit une logique toute autre. On parle souvent de montrer au lieu de dire, mais dans mes messages de jeu, je m’en tiens à la première partie. J’en avais d’ailleurs parlé il y a quelques mois. L’écriture d’un roman ou d’une nouvelle nécessite quant à elle un équilibre des deux mieux balancé.

Elle nécessite aussi un style d’écriture plus élaboré et finalement plus fluide. Après tout, l’auteur ne se limite pas à un personnage et n’arrête pas ses scènes à chaque fois qu’une action majeure est faite. C’est donc une autre manière d’aborder la question puisque les personnages comme l’univers doivent être développés en même temps que le scénario.

Ces logiques différentes aboutissent toutefois à un résultat (presque) identique : l’écriture de scènes de fiction. Cette proximité poussent d’ailleurs une partie des joueurs à faire du jeu de rôle textuel une démarche littéraire. De là, un point commun avec les écrivains : l’importance que revêt l’inspiration, cadeau envoyé aléatoirement par une muse capricieuse.

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Le blocage de l’écrivain.

J’ai commencé à écrire à l’âge vénérable de sept ans et le jeu de rôle à quinze. Quand j’ai découvert les forums RPG, j’y ai vu l’opportunité de tester des archétypes de personnages que je maîtrisais mal. Étrangement, pendant des années, les seules périodes ensuite où j’ai trouvé l’inspiration d’écrire mes propres histoires étaient quand je ne jouais plus, mais je n’ai jamais perdu mon intérêt pour l’écriture.

Le blocage de l’écrivain, ou Syndrome de la page blanche, ne m’est donc pas étranger. Il m’est passé pour le jeu de rôle quand j’ai cessé de chercher à coller à des exigences de qualité qui ne me correspondaient pas. En somme, quand j’ai arrêté d’allonger mes messages inutilement pour le bien du compte de mots. Pour l’écriture créative, ça m’a pris plus de temps. Alors j’ai lu.

Souvent, j’ai croisé la route d’écrivains amateurs persuadés que l’écriture est un art si exceptionnel qu’il ne s’apprend que par sa propre expérience. Cette logique n’est pas la mienne, aussi avais-je cherché des livres sur les techniques d’écriture. Je ne me suis pas restreint aux romans : les scripts de film y sont passés aussi. Je ne sais plus dans quel livre exactement j’ai lu que l’inspiration est un muscle qui s’entraîne. Plusieurs, sans doute.

Et je me suis rendu compte que finalement, c’est bien ce que je faisais pour le jeu de rôle. C’est en fait ce qui m’a permis de dépasser le blocage qui m’empêchait de jouer : mieux valait faire un message court et peu fluide que ne rien répondre. J’avais donc pu reprendre le RP. En terme d’écriture de roman ou nouvelle, ça m’est venu beaucoup plus tard. Le principe reste le même néanmoins : quand on se fixe un objectif, on s’y tient sans attendre l’inspiration. Peu à peu, en n’étant plus dépendant d’elle, avancer devient (plus) facile.

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Écrire quand on n’a pas envie.

Je trouve toujours frustrant quand un partenaire de jeu ne me répond pas “parce qu’il n’est pas inspiré” ou parce qu’il n’a “aucune idée de quoi mettre dans son message”. Bien que conscient que ma capacité d’improvisation n’est pas partagée par tous, il me semble toutefois que beaucoup de joueurs se laissent arrêter par la page blanche. Là encore, ce qui m’aide est sans doute le non-impératif de taille ou de qualité stylistique que je me fixe. Comme je joue uniquement sur des forums sans minimum de lignes/mots ou bien assez réduit, si seuls 100 mots me viennent, ça ne pose aucun problème.

Et je peux appliquer cette méthode à mon écriture hors jeu de rôle textuel et m’en sortir avec 1000 mots dans la journée sans sourciller. Le fait est que, tout comme un muscle qu’on entraîne pour pouvoir exécuter des mouvements sans y penser, l’inspiration vient en écrivant. Moins on s’appuie sur elle, plus il est facile de convoquer sa muse ou de s’en passer.

Reste enfin l’autre côté de la pièce : la motivation. Écrire avec ou sans inspiration implique – dans le jeu de rôle textuel comme face à son roman – d’être rigoureux, et la rigueur ne vient pas sans un minimum de bonne volonté. Ça implique d’être régulier dans son effort quoi qu’il arrive. Pas toujours facile, pas toujours faisable, mais s’autoriser le moins possible de procrastination est essentiel.

La prochaine fois que vous n’avez pas d’inspiration pour avancer votre jeu ou vos histoires, je vous invite donc à écrire quand même. Le résultat ne sera sans doute pas à la hauteur de vos attentes, mais vos attentes seront sans doute une partie du problème. Plus la barre est haut, plus on a peur d’échouer, et la peur d’échouer entraîne souvent l’inaction.

Ou alors, pour résumer en peu de mots le magnifique speech de Neil Gaiman ci-dessous : quoiqu’il arrive, pratiquez votre art. Et regardez la vidéo si vous comprenez l’anglais, parce que son discours est vraiment incroyable.

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