Le RP le plus court possible : ma méthode

Cet article servira surtout à détailler ma méthode pour faire mes RPs. C’est une méthode parmi d’autres qui correspond surtout à la manière dont je conçois le jeu de rôle textuel, une philosophie développée la semaine dernière pour plus de compréhension. Puisqu’il m’a gentiment été demandé de détailler un peu tout ça pour voir comment je m’y prends… allons-y pour une autopsie.

(Ou pas, mais on se comprend.)

Les bases

D’abord, il faut bien comprendre que la taille du message n’a aucune importance. J’en reviens au concept du RP le plus court possible : il peut faire 5 mots ou 4 pages sans véritable distinction. J’accepte, pour ma part, le fait de ne pas être constant dans la longueur de mes RPs et je le répète parce que la majorité de mes partenaires de jeu n’a pas cette souplesse. Écrire beaucoup ou non n’est le problème, ce qui compte, c’est d’en dire suffisamment pour que l’autre joueur puisse vous répondre.

On oublie donc également toute idée de “faire comme mon partenaire, après tout il a fait un effort et je ne veux pas le décevoir”. L’effort est dans la qualité de l’interaction proposée, pas dans la lecture offerte à qui vient suivre la scène, ni d’ailleurs dans le style d’écriture.

En somme, je ne me concentre que sur deux aspects : l’Action et le ressenti général du message.

L’Action

Il peut y en avoir plusieurs, mais une seule (la dernière) doit être engageante. C’est celle que j’appelle l’Action, ou action impactante comme développé la semaine passé.

Par exemple, mettons que je joue un personnage féminin appelé Aisha, gentille, pas particulièrement taciturne et infirmière de métier. Un homme a été blessé dans un accident sans trop de gravité, mais elle l’aide en attendant l’arrivée de l’ambulance. Il fait frais dehors, c’est le début du printemps, et il n’est pas très couvert malgré le vent.

Description du message : Elle retire sa veste en silence et la lui pose sur les épaules, puis lui demande s’il se sent mieux.

En gros, il y a trois actions et une seule engageante. Elle retire sa veste (#1) et la lui pose sur les épaules (#2). Comme elle n’est pas du genre laconique, il serait peu crédible qu’elle ne parle pas. Vient donc le dialogue (#3) qui lance la conversation.

NB : Si Aisha avait été une jeune femme taciturne, l’action impactante aurait été la deuxième puisqu’elle n’aurait rien dit. Il faut évidemment tenir compte de la cohérence générale en fonction du contexte et de son personnage.

Dans l’absolu, le message pourrait être écrit tel que je l’ai mis là-haut et ça suffirait, mais il manque d’un autre élément tout aussi important pour le jeu : le ressenti général. Ou, si on veut, l’aspect émotionnel du RP.

L’émotion

L’émotion est au moins aussi importante que l’action puisqu’un geste, comme une phrase, peut changer de sens en fonction du sentiment éprouvé par la personne qui le fait ou la prononce. Un sourire peut être béat, railleur ou triste. Un “Non” peut être ferme, faible ou hésitant. Bref, il y a plus que l’action pure. La question, finalement, est de savoir comment retranscrire cette émotion. Et c’est un peu plus épineux.

J’ai tendance à utiliser une variété de choses différentes pour arriver à peindre le portrait de cette émotion : le rythme des phrases et la taille du message (plus c’est court, plus il y a de l’impact), le choix des mots, la typographie, l’environnement et plus rarement le processus mental de mon personnage si l’autre personnage a la capacité de le deviner.

Un petit exemple tout simple : La première bouteille roula dans le vide et se fracassa contre le carrelage. Une deuxième s’écrasa sur elle, puis les cinq autres. Le vacarme le fit sursauter, mais Tao se retourna sans hâte, les dents serrées, prêt à une nouvelle catastrophe. Il n’y en eut pas : Sally avait retenu l’étagère juste à temps pour éviter que les béchers tombent à leur tour et la maintenait précairement.

“Pour répondre à ta question : non, le concierge n’a pas réparé l’étagère. Il doit passer demain.”

Vous noterez que je n’ai pas précisé qu’il regarde Sally : elle retient l’étagère et il le sait parce qu’il la voit faire maintenant qu’il s’est retourné. Entre le fracas, le vacarme, le sursaut, les dents serrées et l’emphase du dialogue, on se doute aussi qu’il est agacé. Pourtant il fait preuve de sang-froid puisqu’il se retourne sans hâte et ne hausse pas le ton pour autant (la ponctuation). Bref, ce message-là est sous le signe de la tension.

Plusieurs éléments importants sont à garder en mémoire pour rendre son message plus vivant et immersif : l’utilisation des cinq sens, l’intention du personnage dans le message, la contextualisation et le dialogue.

Commençons par les sens. Tao ne peut pas voir les bouteilles au début puisqu’elles sont dans son dos. Il entend la première rouler et éclater contre le sol, puis une seconde et enfin toutes les autres. Le premier sens utilisé est donc l’ouïe. Dans un deuxième temps, il se retourne et constate que Sally a retenu l’étagère juste à temps pour éviter aux béchers de tomber aussi. Cette fois, nous avons la vue. Si on considère qu’ils sont sans doute dans un laboratoire, l’odorat a pu être utilisé quelque part ailleurs dans la scène. C’est tout de suite plus évocateur qu’un simple : “Il entendit les bouteilles tomber, se retourna et vit que Sally maintenait l’étagère où se trouvaient encore les béchers.”

L’intention du personnage doit servir de base à votre prochain message, c’est-à-dire que dans le RP que vous écrivez, il veut quelque chose. Que ce soit de lui-même ou de quelqu’un d’autre, peu importe : il a une volonté (dans mon exemple, il cherche à garder son calme). Cette intention vous évitera de changer trop abruptement le ton d’un RP par rapport au précédent.

La contextualisation, ce sont les éléments que vous donnez en plus à votre partenaire pour peindre le décor physique ou psychologique avec précision. C’est, en somme, la base commune pour écrire la suite. Dans mon exemple, il y en a deux : la manière dont les bouteilles chutent et l’emplacement des béchers (au bord de l’étagère, puisque Sally l’a retenu juste à temps). Ça pourrait être aussi une rapide description d’un plan échafaudé par votre personnage, si celui de votre partenaire le connaît assez bien pour deviner ce qu’il a en tête. En général, je m’en sers pour apporter des informations complémentaires dont je sais que l’autre joueur aura besoin pour rester in character.

Reste le dialogue que je vais faire dans une section à part entière.

Le dialogue

Tout ne doit pas être dit. Je parlais la semaine passée d’éviter les dialogues dignes de ceux avec votre boulanger : creux, juste voués à faire la conversation le temps d’acheter son pain. Le dialogue est supposé ajouter de la valeur à votre message et, plus souvent qu’autre chose, sera l’action impactante. Il faut donc le soigner.

Première étape : décider à la création du personnage comment celui-ci s’exprime. On prend un exemple simple :

“Il me semble t’avoir dit non déjà deux fois. Pourquoi insistes-tu autant ?”

“J’t’ai d’jà dit non deux fois. Pourquoi t’insistes ?”

“J’ai dit non ! Lâche-moi la grappe !”

Deuxième étape : définir les tics de langage. J’ai par exemple un personnage qui a tendance à terminer ses questions avec “hum ?”.

Troisième étape : s’en tenir à ça en cas de situation normale.

Quatrième étape : s’adapter quand la situation n’est pas normale. Parmi mes personnages, l’un deux est extrêmement laconique. C’est aussi un commerçant qui sait reconnaître les situations où il doit se montrer un peu plus loquace. Chose par ailleurs assez drôle avec lui, il n’a presque aucune éducation, mais a appris à soigner sa diction et son langage. Un apprentissage qu’il perd quand on le pousse à bout.

Enfin, le dialogue n’est pas juste verbal. La gestuelle compte énormément, l’attitude aussi et les étapes ci-dessus sont à répéter pour ça également. J’insisterai même un peu plus sur ce point, parce que le dialogue verbal est régulièrement réfléchi par les joueurs là où la gestuelle tend à être oubliée.

Conclusion

Je terminerai en disant que l’essentiel du message tient à la pertinence du choix des mots et à l’inclusion des petits détails. Évidemment, mes RPs ne sont pas parfaits et chacun trouve son compte avec une méthode ou une autre. Je n’ai pas eu de plaintes vis-à-vis de mon jeu néanmoins, ni eu vent de difficultés à me répondre. Vous ne prenez donc pas trop de risques à la suivre si vous avez envie de vous y essayer.

Comme toujours si vous avez des questions, la section commentaire vous est ouverte, de même que je suis disponible sur Twitter et Facebook pour y répondre.

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2 réflexions sur “Le RP le plus court possible : ma méthode

  1. Hello !
    Merci pour cet article qui s’inscrit dans la continuité des précédents. Je suis le sujet de près car j’ai une tendance à m’étaler un peu trop et je trouve ton point de vue intéressant et enrichissant. Surtout que tu nous donnes des billes plutôt utiles. Bref, je suis preneuse de tous ces conseils et je vois déjà comment m’en servir. Et ça me rassure aussi, je ne suis pas tout à fait à côté de la plaque pour l’utilisation des 5 sens, les dialogues et le langage verbal et gestuel. Mais c’est vrai que mon style d’écriture change en fonction du personnage incarné. Si il est dynamique, un peu brut dans sa façon de penser, le rythme des phrases sera plus saccadé pour plus d’impact. Tandis que si c’est un personnage dans l’émotionnel, sensible, je vais être plus… « lyrique ». Je sais que là où je fais long, c’est pour planter le décor, la description lieu/ambiance et aussi, tu en parlais dans ton précédent article, dans « l’historique » ou le passif du personnage, son évolution, la relation avec l’autre, etc. C’était intéressant de voir qu’en fait, les lecteurs potentiels n’ont pas besoin de ça (même si je reste mitigée sur ce point, je comprends ce que tu veux dire).

    Quand tu dis « et plus rarement le processus mental de mon personnage si l’autre personnage a la capacité de le deviner. » en parlant de l’émotion, je trouve que c’est le plus difficile surtout quand on ne connaît pas bien l’autre personnage non plus et quand ce sont les débuts d’une relation. Il doit y avoir une nuance possible, non ?

    Et enfin « D’abord, il faut bien comprendre que la taille du message n’a aucune importance. J’en reviens au concept du RP le plus court possible : il peut faire 5 mots ou 4 pages sans véritable distinction.  » 5 mots, c’est littéral ? Non parce que moi c’est impossible (la preuve avec ce commentaire, n’est-ce pas ?) Un petit exemple pour la forme ? c:

    En tout cas merci pour ce débat instructif peu importe notre façon de procédé !

    J'aime

    • Hey !

      Merci pour ton commentaire, je vais tenter de répondre au mieux.

      D’abord, oui, 5 mots c’est littéral. J’ai tendance à faire des messages encore plus courts quand je « rush » un topic, c’est-à-dire que je le commence et fini en un à deux jours parce que l’autre joueur et moi répondons très vite. C’est ce qui s’est passé et le message était volontairement très court pour casser le rythme et interpeller de la même façon que mon personnage interpellait celui de ma partenaire de jeu. 4 pages aussi, c’était littéral d’ailleurs, et c’était presque exclusivement du dialogue.

      Vis-à-vis du processus mental, c’est assez complexe pour mériter un article à part entière, donc ça va aller sur ma liste XD Plus sérieusement, quand je parle d’être capable de le deviner, c’est surtout dans le cas d’un lien fort entre deux personnages : des vieux amis, la famille, etc. Quand un personnage en connaît bien un autre, il va forcément comprendre une partie de ses réactions sans que ça lui soit explicitement dit. Le joueur n’a pas forcément ce luxe, d’où l’inclusion, dans la narration, de détails que le personnage ne peut pas dire sans être « hors caractère » mais que l’autre joueur doit savoir pour que son personnage réagisse adéquatement. Tu peux aussi le faire sur Skype, mais il faut se croiser…

      Et finalement, j’en reviens à cette histoire de style d’écriture : il faut à mon avis distinguer la « voix du personnage », c’est-à-dire ce qui le distingue des autres personnages, et la « voix de l’auteur », donc son style d’écriture à proprement parler. De mon point de vue, il est très important qu’un message RP avec un personnage traduise un minimum la personnalité dudit personnage et ça passe autant par la narration que le dialogue. Je ne peux donc qu’approuver ta démarche d’adaptation :p

      Ravi d’avoir pu t’être utile en tout cas, et bonne journée à toi !

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