Créer un personnage charismatique

Regina-once-upon-a-time-35320806-2355-3143-1Le charisme ne se dit pas et ne s’imite pas. Aucune contrainte technique ne vous empêchera de pointer un personnage du doigt avant de dire haut et fort : « Lui, il est charismatique ! », mais ça ne marche pas pour qu’il le devienne. C’est une caractéristique qui ne se voit que par l’effet qu’une personne a sur ses pairs (y compris sur le lecteur/spectateur). Face à quelqu’un qui a de la présence, qui emplit l’espace autour d’elle ou de lui rien qu’en étant là, le comportement des autres est modifié. Néanmoins cet effet, retranscrit dans une histoire, doit être subtil. Toute la difficulté est là.

Comment parvenir à le montrer puisqu’on ne peut pas le dire ?

Humphrey Bogart (Casablanca, 1942)

Humphrey Bogart (Casablanca, 1942)

En premier lieu, il ne faut pas se concentrer sur le personnage en question. Ce qui va révéler cet aspect de lui, ce sont les autres. Leurs réactions, la manière dont ils s’ajustent à son existence. La façon dont ils lui accordent, inconsciemment, un ascendant sur eux. Il peut en user tout comme il peut s’y refuser, selon le caractère que vous donnerez à votre protagoniste, mais cet ascendant existe.

Ensuite, il faut comprendre comment le monde fonctionne pour lui. J’avais dit, en expliquant comment ne pas créer une Mary Sue, qu’il s’agit d’abord d’une force de caractère. Je le maintiens. Ce personnage ne se reniera pas. Il a des principes, il a sa propre logique, il a une personnalité qu’il exprime et qu’il défend. Sans le rendre nécessairement obtus, il ne changera pas pour plaire aux autres. Votre personnage est. Il existe. Il le sait et il ne donne à personne le droit de nier qui il est ou ce qu’il est, quitte à en souffrir.

Nous en arrivons au troisième point. Ce personnage fait des choix dont il assume les conséquences. S’entend bien qu’ici je parle de choix difficiles, de ceux qui n’autorisent pas les retours en arrière. Qu’il les ait réfléchi ou non, qu’il les regrette ou non, qu’il flanche ou non, il les a faits et accepte de vivre avec. Il ira de l’avant tant qu’il n’est pas trop brisé pour parvenir à avancer encore, parce qu’il est actif dans le cours que prend sa vie.

Ne jamais oublier toutefois qu’il est, comme tout un chacun, susceptible de souffrir. Il ne s’étendra sans doute pas sur le sujet, mais sa présence ne le rend pas intouchable. Il peut être blessé – physiquement ou non – et ne se sortira pas brillamment de toutes les situations dans lesquelles il se fourre. Parfois il échoue, souvent il réussit. Il n’est pas infaillible et dans l’idéal, il en a conscience.

Cet ensemble de caractéristiques a un impact sur son comportement. Ses relations avec les autres seront influencées par qui il est – entre autre –. Mais plus important encore, sa personnalité se matérialise dans sa gestuelle. Sa façon de se tenir, de regarder ce qui l’entoure, de se placer géographiquement par rapport aux autres, d’interagir avec son environnement en découle. Il n’est pas impressionnable, il ne se soumet pas inconsciemment à quelqu’un d’autre même s’il peut décider d’obéir – par respect ou par manque de choix – à une tierce personne. Tout ceci, dans ses réactions, ses petits gestes du quotidien, se voit.


Je ne prétends pas délivrer une formule magique, applicable sans réflexion. Toutefois, je pense qu’on peut se fixer deux règles majeures à respecter absolument :

  • Ne jamais trahir un personnage. Nous lui avons donné une personnalité, respectons-la ;
  • Ne pas se laisser abuser par l’idée que nos personnages seront tous aussi charismatiques les uns que les autres : seul le binaire est binaire. Ce n’est pas du « On l’est ou on ne l’est pas ». Nous avons tous de la présence, mais certains imposent davantage le respect que d’autres. Ce sera aussi le cas de nos personnages et ça ne dépend pas forcément de notre volonté.
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6 réflexions sur “Créer un personnage charismatique

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi. J’avais réussi à créer un personnage plutôt charismatique, mais c’était à force de jeu qu’il l’était devenu. En se prenant des taules, en restant toujours fidèle à ses principes même quand il avait tort (et Merlin seul sait à quel point il avait tort…) et au final c’était presque plutôt les autres joueurs et leurs personnages plutôt que moi qui l’avait rendu charismatique. Notamment parce qu’ils savaient qu’en face, je n’allais pas faire n’importe quoi. Enfin je pense. Et j’ai connu d’autres perso joués par des partenaires de RP comme ça. En fait pour qu’on ait envie de jouer une influence d’un autre personnage sur le sien, il faut que celui en face soit vraiment impeccable pour ne pas que ça devienne n’importe quoi.
    Je ne sais pas si je suis compréhensible mais bref xD

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    • Si si, on te comprend rassure-toi. Et c’est exactement ça : pour vouloir croire qu’un personnage a légitimement un ascendant naturel, intuitif sur un autre, il faut qu’il soit crédible. Le dire, ou essayer artificiellement de le rendre « supérieur », ne fonctionne pas. Mais ça implique aussi de parvenir à se retenir de sauver son personnage envers et contre lui-même. Ca n’est pas toujours facile.

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  2. Je suis totalement d’accord avec ce post et celui de Mademoiselle Cordélia, par ailleurs, quand elle cite son exemple. Le souci majeur, je pense, c’est de parvenir à respecter la personnalité et le mode de fonctionnement du personnage que nous avons créé, envers et contre lui-même. Et c’est très difficile de lutter contre l’envie que tout soit parfait dans un monde des plus parfaits. Non, je dirais même qu’il est nécessaire *souligne ce mot* et indispensable que notre personnage se « vautre » à un moment donné, pour prouver qu’il n’a rien de parfait, qu’il fait des erreurs et qu’il est aussi capable de les surmonter. En bref, en faire quelqu’un de très « humain » dans sa façon d’être. Et cohérent. C’est ce qui va rendre un personnage charismatique, je pense, du point des vues de nos partenaires qui apprécieront ce jeu sincère, « réaliste » et imparfait du personnage.
    Du moins, c’est ce que je pense 🙂

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  3. Je rajoute même qu’un personnage parfait n’as aucun intérêt, faire subir des échecs a son personnage et le voir rebondir en conséquence ou s’enfoncer est bien plus intéressant. Je dois dire que le charisme se construit, on ne deviens pas un leader né qui fascine les gens du jour au lendemain, ça « s’apprends » et ça se forge.

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    • Il se forge en apprenant à voir les erreurs comme une occasion de rebondir plutôt que comme un échec insurmontable, de mon point de vue. On préserve nettement plus son estime de soi et ses principes comme ça, ce qui me semble la base pour parvenir à rayonner un peu. Mais je pense que le gros problème des personnages les moins charismatiques, c’est vraiment l’identification excessive de leur joueur à ce même personnage. Difficile dès lors d’accepter ses faiblesses et échecs : personne n’a envie de « perdre ».

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