Ecrire, ce n’est pas sérieux

J’ai toujours considéré l’écriture comme une passion, voire une drogue. Il y a plus de quinze ans, mes mains ont rédigé ma première histoire. C’était une nouvelle vraiment mauvaise, même à l’époque j’en avais conscience, mais j’étais quand même fier d’être parvenu à l’écrire. A cet âge-là, je me suis prouvé à moi-même que coucher un récit sur le papier est parfaitement possible pour peu que l’on accepte de franchir le pas. Ensuite est venue l’envie d’écrire une bonne histoire, mais écrire quelque chose qui soit bon dépend de beaucoup de facteurs différents, à commencer par sa conception d’un bon texte, justement.  C’est d’abord et avant tout une histoire de mentalité.

Ainsi, il y a quelques points sur lesquels je tique de façon systématique parce qu’ils dénotent à mes yeux d’une mauvaise approche de l’écriture. Évidemment chacun est libre d’être en désaccord avec moi, je validerai aussi les commentaires qui ne m’encensent pas (c’est dire si je respecte la liberté d’expression).

Bref, je vous les présente rapidement :

Écrire par amour de la langue

Boite à outils

Une langue, aussi belle soit-elle, est un outil. Elle a une fonction : communiquer. Elle permet de nommer les choses et les concepts, et dans notre cas, elle sert à conter. Écrire un roman, c’est utiliser cet outil dans le but de partager une histoire romancée sous forme écrite, rien de plus, rien de moins.

Le français, dans le cas qui nous concerne, n’a pas besoin qu’on lui fasse de déclarations d’amour. Il s’agit d’une belle langue, riche, nuancée, difficile à apprendre et à maîtriser. Il a changé, il a évolué, il continuera à s’adapter aux besoins de ceux qui l’utilisent. Et puis le français de France n’est pas le français canadien, belge ou suisse (pour ne parler que de trois autres pays où une partie de la population est francophone). Combien de fois ai-je vu des soi-disant amoureux du français rire grassement des expressions venant d’autres pays que le leur ? Pourtant, il s’agit toujours de la même langue.

Savoir se servir des mots, savoir structurer ses phrases, les rendre percutantes, jouer sur leur musicalité est indispensable pour conter une histoire. Ce sont les mots qui révèlent le récit et il faut savoir en disposer, mais mettre le récit au service des jolies phrases est vain. Tant qu’à écrire en se concentrant sur l’esthétique de la langue, autant se consacrer à la poésie.

Poésie : Art d’évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l’union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. (larousse.fr)

Ensuite, il y a dans cette façon de penser le récit une chose qui me dérange énormément : mettre la forme avant le fond. L’habit ne fait pas le moine, on ne le dira jamais assez. Il permet de se faire passer pour, mais c’est tout. Un romancier plus intéressé par l’idée d’avoir écrit quelque chose qui ressemble à un roman que par en écrire véritablement un se contente de porter l’étiquette de romancier. Il n’en est pas un.

Écrire pour être publié

Couronne de laurierCombien de fois ai-je pu lire « Je veux vivre de mes livres un jour, c’est mon rêve ! » ? Avoir de l’ambition est une bonne chose, ou tout au moins avoir un but permet d’avancer dans la vie, mais agir uniquement de façon à atteindre ce but, c’est se couper de ce qui lui donne son attrait. Pourquoi vouloir vivre de ses écrits ? Pour être libre d’écrire, non ? Pour pouvoir écrire sans se soucier d’avoir un travail auquel on trouvera moins d’intérêt, qui en prime nous fait perdre des heures que l’on pourrait passer à se consacrer à notre passion. Accessoirement, on se fait plaisir en partageant avec plus de personnes des histoires qu’on a aimé écrire. L’intérêt est là, en tout cas à mes yeux.

A la place de ça, une grande partie de ceux qui prononcent ces mots-là ne vont pas plus loin que « écrire pour vivre », avec l’idée derrière, quand même, de finir relativement riche et célèbre. La téléréalité, ça marche pas mal pour ça. Je suis certain qu’on tient un bon contexte d’émission là, avec quelques auteurs plus ou moins connus qui viendraient dispenser leurs conseils et casser les écrivains amateurs à chaque erreur. On les verrait le nez penché sur leur table, à écrire frénétiquement dans des grands cahiers à petits carreaux (histoire que ça ne semble pas trop scolaire tout en restant accessible). Non, vraiment, là on tient un concept !

Tout ça pour dire quoi ? Eh bien simplement qu’être célèbre n’est pas exagérément difficile (le rester en revanche…). Avec quelques idées pleines de panache et un peu de marketing, on y arrive. Pas la peine de s’embêter à faire semblant de vouloir raconter des histoires quand la seule qui compte tourne autour de son nombril.

Somme toute, être édité est un bonus et une forme de reconnaissance. Ça demande aussi une certaine maturité, autant vis-à-vis de soi-même que de ce qu’on a à écrire. Il faut avoir un peu vécu pour que ça sonne juste et ait de la consistance, mais aussi pour savoir prendre du recul et ne pas s’oublier en chemin. On écrit d’abord pour se faire plaisir, ensuite pour que ça plaise à d’autres, non ?

Écrire est une affaire sérieuse

Why so serious ?Rien ne m’agace plus que ces écrivains amateurs ou confirmés qui se sentent obligés d’en parler comme s’il s’agissait d’une affaire de la plus haute importance, ou pire encore, comme un art si subtil que les manants ne peuvent pas comprendre. Je confirme que s’il suffisait de mettre des mots les uns à côté des autres pour écrire un bon livre (roman ou pas), ça se saurait, mais si c’est pour se toucher en écrivant, autant s’abstenir de faire partager ses « œuvres ». Personne n’y accordera autant d’intérêt que son auteur, de toute façon.

Écrire, c’est surtout coucher des histoires sur papier (ou feuille virtuelle) par passion. On se fait plaisir et ça n’a rien de bien grave ou dramatique en soi. Qu’on réussisse ou qu’on échoue à se faire connaître, quelle importance ? Et si on n’accouche pas du chef d’œuvre du siècle, si on n’est pas connu dans 150 ans, si notre nom ne figure pas, un jour, dans les manuels de français, ce n’est pas le bout du monde. Je comprends parfaitement qu’avec le travail que ça demande pour s’améliorer, on soit tenté de défendre bec et ongles l’écriture, peu importe de quoi, mais… non, ça n’est pas sérieux. C’est juste important pour celui qui pratique (et ceux qui aiment le lire).

Et comme j’aime bien les fins abruptes, pas de conclusion d’article pour cette fois !

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5 réflexions sur “Ecrire, ce n’est pas sérieux

  1. Je trouve dommage que cet article sente à ce point le « Je dis ça en réaction à tout ce que j’ai put lire ici et la qui a put m’agacer », du coup ça sonne comme une argumentaire qui casse des propos que tu es la seule à avoir lue du coup ça fait… Bizarre, on sent que tu réagis à quelque chose mais on voit pas le quelque chose en question, du coup on a l’impression que tu sort des généralités de je sais pas ou et ça c’est… Bizarre XD;

    Pour en revenir à l’écriture en elle, le « débat » (entre guillemets car j’aime pas trop ce mot qui sonne souvent trop violent pour signifier tout simplement « Opposer et argumenter des opinions » ) est le même en matière de dessin : La technique ou le feeling, c’est quoi le plus important ? La technique bien sur s’exclament certains, impossible de faire quoi que ce soit si on est pas capable de structurer les choses correctement ! Tandis que d’autres répondent que la technique, ils s’en cognent, ils dessinent avec leur feeling, et ça marche très bien comme ça.

    Avec le temps on comprend très vite qu’il faut les 2, que la technique aide à exploiter son feeling, qu’elle permet d’atteindre le but que l’on à en tête. Je pense qu’il en est de même avec l’écriture : Avoir une idée d’histoire, c’est bien (je passe tout le coté savoir la construire etc), mais être capable de l’écrire de manière harmonieuse, c’est bien aussi, c’est même mieux, car on arrive ainsi au but qu’on s’était fixé.

    Je pense aussi que la passion, l’envie de faire quelque chose pour soi, est le plus important en 1er lieu. Mais si d’autres ont pour envie 1ere d’être admiré ou d’être célèbre, et bien… C’est leur choix ? C’est ce dont ils ont besoin eux pour se sentir bien, même si nous on trouve ça stupide. On est pas pour autant en droit de juger leurs motivations profondes.

    Celui qui écrit pour lui même à pour but de réaliser une œuvre qui lui plaira à lui et à sa sensibilité. Celui qui écrit pour plaire écrit pour être encensé et va chercher à faire ce qui plait, et peut-être même qu’en analysant bien ce qui plait au public il va trouver ! Chacun son objectif. Même si j’ai toujours dessiné en pensant que quelque chose qui me plaisait à moi avait forcement le potentiel de plaire à d’autre, parce qu’il est simplement impossible que je sois la seule à aimer ce que moi j’aime. Et que je pense que c’est comme ça que naissent les bonnes œuvres.

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    • Hum, le seul à les avoir lu, oui et non. Ce sont vraiment des avis récurrents dès qu’on approche les communautés littéraires (rien qu’en fac de lettres…) et c’est bien pour ça que je les fuis. Je dois avoir un côté masochiste pour y revenir d’ailleurs régulièrement. Après je ne cherche pas à casser plus que ça, ce serait plus « exprimer mon avis bien fort » et pouvoir l’écrire parce que vraiment je trouve ça lassant et ça fait du bien de le dire.

      Pour commenter ce que tu disais, le feeling et la technique sont intimement liés, c’est un fait. La technique étant ce qu’elle est, on s’en sert pour écrire un bon livre, une bonne pièce de théâtre, un bon script de films, scénario de BD, etc. Il y a celles pour le style, celles pour la construction même du récit… Mais à mes yeux en tout cas, écrire pour mettre en avant une technique est réellement la preuve d’une mauvais compréhension de ce qu’est un bon récit. Après, libre à chacun de se planter 😀

      Somme toute, ce que j’essayais de dire n’est pas « c’est une bêtise d’aimer sa langue », « c’est une bêtise de vouloir être publié ». J’estime juste que ce n’est pas la priorité et je trouve qu’en faire son but premier revient à bricoler par amour du marteau ou écrire sur commande, juste pour plaire, sans donner d’âme à son texte.

      Malheureusement, ça restera à jamais un débat sans fin.

      (Ma réponse à ton commentaire me semble très décousue x_x)

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      • Arf, n’ayant jamais fréquentée aucune communautés littéraire (je compte pas vraiment les forums rp dans le lot) je ne saurais pas trop te dire vv; Mais je veux bien te croire qu’il y a des avis récurent saoulant à lire. Après y’a pas de mal à se défouler en réaction à un truc, mais sur le coup comme je t’ai dit j’ai vraiment eut une sensation de « Elle répond à quelque chose mais j’ai que la réponse, pas le début » un peu frustrante.

        Écrire pour mettre en avant une technique… J’ai écrit ça quelque part ? XD; Mais en y pensant un peu ça doit exister des gens qui ne font quelque chose que pour l’amour de la technique, genre un gars qui ferait du dessin anatomique dans le but de faire un truc parfaitement réaliste etc. Sur le coup en matière de mots je trouve ça plus étrange car écrire sans sentiment c’est euh, un peu dépourvu d’intérêt XD; Mais ça doit exister… Chacun à des baromètres différents pour mesurer ce qui lui plait. Enfin bon, faut dire dans toutes les discussions, j’ai toujours eut du mal avec la notion objective de « qualité » en partant du principe que du moment que ça plait à quelqu’un, peut importe sa « qualité » (C’est très vague ce que je dis #_# ). Ce que je veux dire c’est que pour moi ce qui importe c’est « ça me plait » et pas « c’est objectivement bon ». Mais y’a plein d’autres manières de penser.

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    • Non non, tu n’as pas écrit « écrire pour mettre en avant la technique », je reprenais juste en partie ce que je disais dans l’article en fait xD En fait, je pense qu’en France le problème vient entre autre des cours de français. On nous apprend à nos focaliser sur les détails (« Regardez avec quel brio il manie les mots ! ») et on ne se soucie pas beaucoup du reste, ou de façon très secondaire au final. Ça se ressent ensuite chez ceux qui poursuivent dans cette voie parce que les cours les ont fait s’intéresser à la langue et son maniement.

      Cela dit, pour rebondir sur tes derniers mots, il y a effectivement une différence entre ce qui est objectivement bon et ce qui plait. Le fait est qu’on n’a pas tous les mêmes goûts, donc ce qui paraitra génial à certains sera juste chiant ou sans intérêt pour d’autres (ou très drôles). Après quand on prend un peu de recul, on peut adorer quelque chose et reconnaitre que ce n’est pas parfait pour autant. Je ne pense pas que le but ultime soit de produire quelque chose de « parfait » d’ailleurs. Ça me semble même impossible.

      Je dirais que la qualité d’un récit se base sur plusieurs critères : l’univers, les personnages et le scénario pour le fond, le rythme et le style pour la forme. On ne réussit pas tout avec le même brio, mais globalement les « chefs d’œuvres » reconnus comme tels sont réussis pour un maximum de ces critères. Cela dit, là encore il s’agit juste de mon point de vue.

      (Et par rapport à ce que tu disais sur le dessin anatomique : j’ignore si ça a beaucoup plus d’intérêt que d’écrire pour le plaisir de manier les mots en fait. Est-ce que ça n’est pas un peu « creux » aussi ?)

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  2. Globalement d’accord, sauf sur un point : à mon sens, le français québécois/belge/suisse n’est pas du français XD Plus exactement, je considère chaque variante comme une langue à part, un peu comme l’anglais US et l’anglais UK (j’ai fait une présentation sur ce thème récemment en plus). Il y a certes des points communs, mais ça reste des langues différentes qui obéissent à des règles différentes.

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