De l’importance de donner un but à ses personnages

Les personnages sont le matériel que j’aime le plus exploiter quand j’écris. Certains préfèrent les mettre au service d’une histoire, je préfère au contraire que l’histoire serve à les mettre en exergue. Les deux points de vue se valent évidemment, et dans certains cas, les deux éléments peuvent même servir à montrer l’univers plus que quoi que ce soit d’autre. Je dirais dans ce cas que le roman (partons du principe que je parle d’un roman dans l’immédiat) sert à introduire une série d’autres histoires que l’on comprendra mieux grâce à ce premier tome. Cependant, peu importe ce qui pour vous prime, le fait est qu’un personnage sans but est un personnage creux. Et un personnage creux ne sert à rien parce qu’il n’évoque rien.

Ce qui vaut pour un roman vaut pour d’autres supports aussi. On s’identifie difficilement à un personnage de film qui erre sans but et sans volonté, fut-il strictement secondaire. Et comment jouer un personnage de jeu de rôle s’il se contente d’être là et de subir ? Evidemment, c’est possible, mais pour les autres joueurs, ça tient du calvaire. L’important est donc de donner un objectif à ses personnages. Il peut être totalement conscient, choisi, comme il peut être inconscient. Dans tous les cas, il doit être clair dans votre tête puisqu’il servira de fil directeur à son évolution.

Pour développer ma pensée, je vais diviser l’article en deux parties : les jeux de rôle (sur forum, puisque ce sont ceux que je maîtrise le mieux) et les romans. Il existe quelques différences dans le traitement des personnages selon l’un ou l’autre support.

Les jeux de rôle sur forum

Vous créez le personnage pour jouer avec d’autres. Il est donc évident que vous ne pourrez pas faire tout ce que vous voulez et c’est un bon exercice pour voir à quel point vous parvenez à le faire vivre. Chaque fil de jeu sera un défi à relever puisqu’il faut rester cohérent, mais avancer aussi. Avoir un personnage qui stagne est inintéressant, que ce soit pour le jouer ou pour ceux qui vous font face. C’est, de ce point de vue-là, une obligation de lui créer des liens et de les maintenir (même si vous dépendez beaucoup de la présence des autres joueurs pour ça).

Pour avancer, il faut cependant donner une direction au personnage, plutôt que le laisser s’éparpiller et finalement perdre tout son intérêt. On ne peut pas tout jouer avec une seule « créature », il faut faire des choix. Ce fil rouge vous permet de faire ces choix, justement, puisque vous ne pouvez pas trop vous en éloigner sous peine de faire perdre toute cohérence à votre personnage.

Lui donner un but ne revient cependant pas à lui faire dire des choses comme « Je veux être le maître du monde! ». Ça peut être un besoin viscéral de créer une famille, l’envie de réussir ses études pour dépasser ses parents, venger sa copine, se faire oublier, etc. Ca peut être totalement inconscient de sa part, évidemment. Un besoin viscéral n’est pas toujours conscient, mais le grand jeu reste tout de même de lui fixer un objectif (même si lui n’en sait rien) pour le sortir de sa zone de confort et le faire grandir et évoluer. Il y gagnera en maturité et en intérêt. Ceux qui y parviennent en viennent d’ailleurs un jour à se dire que leur personnage est « terminé », « accompli ». Il n’y a plus besoin de jouer avec lui, le personnage existe par lui-même. Ça ne signifie évidemment pas qu’il faut arrêter de le jouer manu militari. Il s’agit, de toute façon, de votre ressenti. Si vous sentez le besoin de poursuivre l’aventure avec lui, c’est qu’il reste des choses à faire.

A contrario, s’il n’a pas le moindre objectif à court, moyen ou long terme, votre personnage va stagner. Le grand problème qui se présente alors tient à votre jeu : vous allez très vite tourner en rond. S’il n’a rien qui le fasse progresser, s’il n’a rien à surmonter, vous allez jouer invariablement la même chose. L’exemple le plus flagrant en la matière reste ces joueurs qui ne font que des jeux de type « rencontre ». Le personnage ne connait pas la personne. Pour une raison X ou Y, il est amené à discuter avec elle, la salue, se présente, discute de choses plus ou moins intéressantes (souvent moins que plus, d’ailleurs) et repart. Et c’est toujours comme ça. J’ai connu quelques joueurs qui estimaient qu’un bon jeu revenait à accumuler les rencontres, puisque le but même des RPG est de se confronter à d’autres. Inutile de dire que je ne partage pas ce point de vue je suppose, mais cette divergence d’opinion se ressentait énormément dans la progression des personnages.

Évidemment, ce que je dis pour les jeux de rôle ne s’applique pas tel quel dans un roman. Il y a des nuances qui tiennent tout simplement de la différence de support et de narration. Je vais donc développer un peu ce qu’il en est pour l’écriture romanesque.

Les romans, nouvelles, etc.

A l’inverse du jeu de rôle qui se joue, évidemment, à plusieurs, l’écriture d’une fiction est un exercice solitaire. Vous êtes maître à bord. Votre histoire doit aller d’un point A à un point B, et ce sont vos personnages qui vont parcourir cette route, surmonter les obstacles et en sortir grandis (ou mourir, si vous préférez la tragédie). Toujours est-il que la matière première d’une fiction repose sur les épaules de ces frêles créatures que vous dirigez comme un marionettiste, et c’est précisément parce que votre ou vos héros ont un objectif, même à contrecœur, que vous pouvez écrire quelque chose. Je trouve cependant primordial de soigner tout autant les personnages secondaires puisque chacun d’entre eux aura, à un moment, un rôle à jouer. Et, évidemment, c’est tout aussi important de le faire pour les antagonistes et ennemis de tout poil.

Tel que je le vois, une histoire est, d’abord et avant tout, une succession de croisements entre les fils directeur de chaque personnage. Untel veut aller d’ici à là, Bidule a telle tâche à accomplir, celui-ci voudra simplement qu’on lui fiche la paix et n’a pas de chance, celui-là cherchera à atteindre ses objectifs en écrasant les héros s’ils se mettent en travers de sa route, etc. C’est pour cette raison précise que leur donner un but est primordial. Faire un scénario c’est une chose, mais si vous ou votre lecteur en arrive à se demander « Mais en fait, pourquoi il agit comme ça au juste ? », c’est mal parti.

Ensuite, ça vous évitera l’éternel écueil du héros et de ses faire-valoir, du grand méchant au but stupide (parce que détruire le monde c’est très mignon, mais il fait quoi après ?) et si vous vous y prenez assez bien, de l’histoire aux ficelles si grosses qu’on referme le livre à la troisième page. Donner un objectif aux personnages donnera de la profondeur à l’histoire et apportera des nuances.

J’ai beaucoup pris d’exemples qui tiennent aux romans d’aventure, mais ça vaut tout autant pour une histoire basée sur de la romance ou pour un thriller. Peu importe le genre de la fiction, il va bien falloir doter vos personnages d’une forme de volonté. Dans le cas du héros, ça ne veut pas forcément dire qu’il adhère à l’Aventure qu’on lui fait vivre. Prenons un exemple que tout le monde devrait connaître : Harry Potter. Son souhait le plus cher ? Vivre une vie tranquille. Pourtant les sept tomes reposent sur son combat contre Voldemort. Au bout d’un moment, oui, bien sûr, il veut le vaincre, mais Harry n’adhérait pas particulièrement à l’idée de risquer la mort à cause du délire d’un mage noir.

En somme, doter votre personnage d’un but, d’un objectif, permet plusieurs choses. En premier lieu, il s’agit de lui donner vie en le dotant d’une volonté propre, détachée de ce qui l’entoure. Ensuite, il offre un véritable panel d’actions, d’émotions, de possibilités que vous pourrez utiliser et explorer à loisir. Enfin, je m’attarderai sur la nécessité absolue, dans le cadre d’une fiction, de soigner tout autant le héros que le reste des personnages récurrents (voire ceux qui ne sont là qu’une fois, mais sont importants). Ces différents fils rouges structureront aussi votre pensée tout en vous évitant de trop vous éparpiller, et si vous avez d’autres idées inexploitables avec ce ou ces personnages, gardez-les au chaud pour les utiliser ailleurs.

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