8 conseils pour jouer un enfoiré

De tous temps, nous avons jugé certains de nos congénères et décrété, parfois à juste titre, qu’ils étaient dangereux pour la société. Pourtant, les personnes en question fascinent. On pensera à l’exemple typique des tueurs en série qui sont à la base de bien des fantasmes, ou aux grands manipulateurs pourtant honnis dans la vie de tous les jours. Malgré tout, les œuvres de fictions se passionnent pour ses personnages, encore plus maintenant que le besoin de rendre un livre ou un film moral ne se fait plus autant ressentir. Le même phénomène se retrouve sur les jeux de rôle par forum. On voit apparaître des personnages plus ou moins mauvais, plus ou moins antipathiques, de façon régulière.

Le plus grand problème qui se pose lorsqu’un joueur souhaite en interpréter un est celui-ci : comment faire pour le rendre cohérent, attractif, charismatique ? Comment lui donner du cachet alors que sa personnalité aurait plutôt tendance à faire fuir ? Comment le rendre assez mauvais sans trop en faire ?

J’en joue depuis plusieurs années, j’ai essayé pas mal de techniques et vu beaucoup de personnages qu’on qualifiera volontiers d’enfoirés. Aujourd’hui, je pense pouvoir donner quelques conseils pour s’en sortir au moment de la création d’un tel être, comme plus tard, quand vous le jouerez  :

  • En premier lieu, il faut distinguer clairement sa personnalité, son histoire et ses motivations. Peu importe qu’il soit malade (sociopathie, pour ne citer qu’un exemple) ou non, ces trois éléments-là doivent être clairement définis.

  • Construisez-le comme vous auriez construit n’importe quel autre personnage. Il aura des qualités et des défauts. Autant ces derniers seront plus visibles, autant les premières lui donneront de la consistance.

  • Si vous l’affublez d’une maladie psychiatrique, ne basez pas tout le personnage dessus et ne portez pas de jugement sur cette maladie et ses conséquences. Votre personnage, même incapable d’éprouver la moindre empathie et violent à ses heures, a une personnalité propre. Nous ne sommes pas uniquement définis par nos failles, votre personnage non plus.

  • Renseignez-vous sur les schémas comportementaux. J’entends par là que pour un groupe de personnes présentant le même comportement avec le même type de faiblesses, il y aura un schéma sous-jacent que l’on retrouvera chez tous ces gens. Il est plus ou moins marqué, mais existant, et ce n’est pas parce que chacun est unique qu’il faut chercher à s’éloigner de toute logique. Il y en a toujours une, même si extérieurement on ne la remarque pas.

  • Épousez cette logique lorsque vous le jouerez. Vous devez impérativement penser comme lui en écrivant. Si vous prenez trop de recul, que vos scrupules interfèrent avec le jeu, que vous vous dites « il est inhumain », le résultat ne sera pas crédible. Tant que vous l’interprétez, soyez votre personnage (mais évitez de blesser la personne qui va vous déranger en venant vous parler, vous auriez des problèmes).

  • Retenez que l’on peut avoir des principes et aucune moralité. Les principes sont une sorte de garde-fou que l’on s’impose, ça ne veut pas dire qu’on se soucie de ce qui est bien ou mal.

  • N’en faites pas trop. A force de le jouer, si vous le considérez comme une personne à part entière, vous allez finir par vous dire « oui mais finalement, il n’est plus si méchant que ça ». A moins d’en avoir fait un gentil garçon parce que vos scrupules ont pris le dessus, c’est une simple illusion. Votre personnage va vous paraître terriblement humain, vous verrez ses qualités beaucoup plus que les personnages qui lui feront face. C’est une excellente chose, mais il faut faire la part des choses entre votre impression et les faits. Si vous ne les distinguez pas, vous serez tenté d’en rajouter une couche et de surjouer. Ça ruinerait tous vos efforts.

  • Enfin, et c’est peut-être le plus important, n’oubliez jamais qu’un personnage est humain. Il faut le voir en temps que personne pour lui donner du charisme. S’il n’est que l’avatar de votre ego ou un moment de délire que vous ne cherchez pas à creuser un peu, autant dire qu’il ne sera jamais vraiment consistant et probablement assez peu attractif.

Il n’y a pas beaucoup d’autres conseils à donner. Le plus important, finalement, est de nuancer le personnage. Je disais plus haut de distinguer l’histoire, la personnalité et les motivations. C’est l’équilibre entre ces trois points qui vous donnera votre personnage tel qu’il sera et en fera peut-être un être avide de violence ou un pacifiste qui pour atteindre son objectif cherchera à dégoûter les autres de la guerre.

Des personnages ni totalement bons, ni totalement méchants, il en existe pléthore. Citons Sirius Black, Severus Rogue et Albus Dumbledore dans Harry Potter, mais aussi Treize Kushrenada dans Gundam Wing, Constantine dans les comics homonyme, Rorschach dans Watchmen…

Savoir gérer cet équilibre n’est cependant pas inné. Ce sont les essais, l’expérience qui permettent à chacun de trouver la niche dans laquelle il se sent le plus à l’aise. Et pour ça, il n’y a qu’une solution : se lancer et ne pas craindre l’échec.

(Article réécrit le 24/09/2012)

Publicités

4 réflexions sur “8 conseils pour jouer un enfoiré

  1. J’aurais envie de séparer les deux catégories, les salauds des socio/psycho et autres pathes, à savoir des vrais malades mentaux qui ne sont pas réellement adaptés à une vie en société, du moins dans un monde normal.
    Ceux là sont très durs à jouer non seulement par leur comportement qui ne suit aucune grille connue mais aussi parce que comme dit plus haut, ils ne sont tout simplement pas adaptés ._.
    Alors certes, on peut les jouer en faisant toujours le pire mais.. je ne suis même sûre que jouer en suivant un motif est réaliste, vu que justement, ils ne suivent pas toujours le même comportement, bref, laissons tomber les observations de service de psy u_u;

    Les autres salauds, les salauds ordinaires, les sales cons égoïstes, c’est beaucoup plus marrants. Plus humains, avec des petites raisons mesquines, avec différents degrés, de l’homme normal qui détourne juste la tête au bon moment – et les sous au bon moment aussi – au pire connard qui manipule tout le monde pour arriver à rester au sommet de la pyramide. Ceux là sont plus intéressants, plus subtils, et je pense beaucoup plus dur à jouer :p

    J'aime

    • Disons que je suis d’accord sans l’être. Le gros problème des « -pathes » de tout poil c’est que les gens s’obstinent à vouloir les jouer selon leur grille de valeur à eux. Le personnage devient donc complètement bancal parce qu’il n’est pas structuré selon son code moral à lui, mais celui du joueur qui se charge de faire ressortir à quel point son personnage est malade. Un bon personnage joué, qu’il soit sociopathe ou psychopathe, je dirais que c’est un personnage dont le joueur épouse le système de valeur le temps d’écrire le RP. Les messages doivent être écrit comme si tout ce qui y était dit était parfaitement normal. Simplement c’est difficile. D’abord tout le monde ne peut pas y arriver, c’est assez malsain au final et puis surtout, c’est éprouvant pour les nerfs. Je doute qu’à long terme on parvienne vraiment à les interpréter simplement parce qu’au bout d’un moment on sature (ou alors j’aurais tendance à dire qu’on a soi-même un grain XD).

      Là où je te rejoins par contre c’est pour les salauds ordinaires. Une catégorie qu’on voit assez peu d’ailleurs – mais il faut le contexte qui va bien cela dit – c’est les « bonnes gens », les « bien pensants ». Ceux qui se placent sous le signe de l’autorité quoi qu’il arrive, pas par conviction mais plutôt par lâcheté. Ceux qui pourraient commettre les pires ignominies pourvu que le système fort du moment le permette. Et pourtant en matière de connards, j’ai bien envie de dire que ceux-là font forts XD

      Et quelque part, le plus frustrant reste véritablement les personnages mal joués. Ceux dont le manque de saveur n’égale que le manque de subtilité, ceux qui donnent envie de se fendre la poire tellement ils sont ridicules parce que le joueur cherche à trop en faire ou veut bien faire sentir que « wouah, mon personnage il est trop mauvais ! ». Et la plupart de ces cas-là sont en fait simplement de bons gars, en plus.

      Finalement je crois que le plus amusant à interpréter reste les gens « normaux ». Ils peuvent sortir un peu des clous mais question caractère ils auront des hauts et des bas, des moments où ils seront géniaux et d’autres à claquer. Des personnages humains donc. Et ils sont vraiment rares. La faute au « oui mais je fais du jeu de rôle pour m’amuser, pas pour reproduire la réalité ! » je suppose.

      J'aime

  2. Plus je te lis , plus je suis impressionné , à la fois par ta dextérité linguistique , que par ton esprit critique.

    Un grand bravo.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s