Les personnages féminins

Lara Croft n'est pas aux fourneaux.

Lara Croft n’est pas aux fourneaux.

J’éprouve à l’égard des personnages féminins une certaine frustration. Non, pas sexuelle, intellectuelle. Peut-être est-ce simplement du à ma vision de la femme en général, allez savoir, mais je trouve qu’ils sont généralement plats et surtout beaucoup trop dépendants des personnages masculins. Comme si les femmes des fictions ou des jeux de rôle ne pouvaient pas exister par elles-mêmes, pour elles-mêmes.

Il y a quelques mois de ça, je suis tombé à la bibliothèque sur un recueil d’études consacré aux « héros féminins ». Le livre s’appelle Si le héros était une femme et est co-dirigé par Loïse Bilat et Gianni Haver. Je l’ai trouvé intéressant même si certaines choses m’ont un peu fait tiquer (le temps passant et la mauvaise mémoire aidant, je ne sais plus quoi exactement. Un relent de psychanalyse, il me semble). Et j’ai trouvé d’autant plus intéressant cette distinction entre « héros féminin » et héroïne.

Un « héros féminin » est un héros, mais de sexe féminin. Il agit comme le fait tout héros au sens mythologique du terme, à savoir accomplir une quête sans être un faire-valoir et en se détachant du mentor qui a un moment l’a pris sous son aile. Et surtout, il ne rentre pas dans le rang une fois l’action terminée, comme si la quête n’avait été qu’un bref instant de sa vie lui permettant ensuite de retourner aux fourneaux pour nourrir les mioches et le mari en retrouvant sa « féminité » perdue dans l’action.

Une héroïne pour sa part peut correspondre à cette définition, sauf qu’elle n’est pas le héros de l’intrigue, à la limite elle le secondera en bon side-kick. Vous savez, comme Robin avec Batman ? Si elle a la place centrale de l’histoire, elle restera rattachée au rôle classique de la femme.

Je n’ai jamais été un grand féministe dans l’âme, mais je trouve déjà pénible toutes ces nanas dans la vie de tous les jours qui trouvent leur bonheur uniquement avec leur utérus, comme si sans homme elles ne pouvaient pas se construire, alors dans la fiction, c’est doublement agaçant. Puisque le récit leur permet de gagner cette indépendance difficile accessible IRL, pourquoi les femmes auteurs persistent-elles à s’en tenir au rôle de mère et d’épouse pour leur héroïne ? Ou à la limite au rôle de princesse à sauver à un moment crucial de l’histoire ? Je n’excuse pas les auteurs masculins, mais je comprends qu’un homme peine plus à l’appréhender : ça nous est moins naturel puisque nous ne sommes pas directement touchés. Mais les femmes ? Ne veulent-elles pas de représentantes fortes, capables de prouesses héroïques sans Mâle pour la protéger/la secourir ? Sans qu’un enfant ou que sa famille soit en jeu, puisque c’est le moteur principal des quêtes d’héroïnes ? Sans revenir aux fourneaux une fois l’action passée ?

Les personnages féminins des jeux de rôle sur forum me font dire que non. Je me trompe peut-être et je l’espère, mais les femmes ou jeunes filles « fortes » ou voulues comme telles sont caractérielles et/ou dépendantes des hommes dans 95% des cas. Et de mon point de vue, sont inintéressantes.

Au final en jeu, on se retrouve perpétuellement avec les mêmes grands archétypes, rarement joués de manière assez subtils pour que le personnage soit réellement bon. On retrouve :

1/ La timide au grand cœur : elle s’efface, mais si on vient un peu trop la chercher ou si on tente de faire du mal à ses amies, elle sort les griffes, se débat, hurle et mort. La timidité ? Elle disparait au moment où ça devient gênant, réapparait pour faire sa mijaurée quand il y a un mec qui lui plait dans les parages et sert de prétexte pour qu’on lui coure après. Mais dans les deux tiers des sujets de jeu, elle hurle.

2/ La rebelle. Tatouée, piercée, vulgaire, bagarreuse, elle ne s’en laisse pas compter quitte à jouer des poings. En attendant, si elle peut finir caser, c’est mieux, et dans le couple elle perd toute sa hargne. Souvent d’ailleurs, son passé est lourd et elle est traumatisée par quelque chose.

3/ La jeune femme paisible. Et là, LA, j’ai envie de hurler quasiment à chaque fois. Elles sont chiantes. Douces, aimantes, chaleureuses, paisibles, réfléchies… Sérieux quoi ! Et la vie là-dedans ? Et le caractère ? Le pire, c’est lorsqu’elles sont « de la haute » et/ou ont des responsabilités. Les femmes fortes mais douces me rendent dingue, c’est l’éternel cliché qui tourne en boucle, LE modèle à suivre dans l’esprit de beaucoup alors qu’il ne faudrait pas. Vous avez déjà essayé de créer un peu d’action avec « ça » ? A part du drame psychologique, il n’y a rien moyen d’en faire ! Même quand elles agissent un peu, c’est tellement plat qu’on dirait qu’il ne se passe rien. Un truc à se tirer une balle.

4/ Les Mary Sue, mais là j’ai d’autres articles qui en parlent alors je ne vais pas m’étendre dessus.

Emily Prentiss (Esprits criminels)

Emily Prentiss (Esprits criminels)

Alors voilà, moi, les personnages féminins, je les aime rarement sur les forums. Dans la fiction et plus particulièrement dans les séries TV, on commence à en trouver qui sont intéressantes dans le cast principal. Myka Bering, dans Warehouse 13, ne se définit par rapport à un personnage masculin qu’au début, après la mort de son homme. J’avais eu un peu peur à cause de ça, mais il n’y avait pas besoin. Myka agit de manière totalement autonome ensuite, ne cherche pas de mec pour remplacer le précédent, ne tombe pas amoureuse de son co-équipier et fait son job non pas comme un « à côté » d’une famille à créer, mais parce que c’est son job et qu’elle le trouve important. Ziva David, dans NCIS, agit dans le cadre d’une équipe et fait jeu égal avec les personnages masculins du cast principal. Abby aussi d’ailleurs. Emily Prentiss, dans Esprit criminel, est une femme d’action, indépendante, qui se dévoue corps et âme à sa mission, sans jamais se considérer d’abord et avant tout comme une femme. Elle fait son job, tout comme Ziva, tout comme Abby, tout comme Myka.

Je passe donc un message aux rôlistes (femmes) sur forum : si vous avez envie de créer un personnage féminin, essayez de le rendre indépendant des hommes, sans prendre l’option « princesse qui refuse d’être sauvée » au lieu de « jeune femme qui fait sa vie par elle-même et accepte ou demande de l’aide uniquement si elle en a (vraiment) besoin ». Des vraies femmes, ce serait pas mal.

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5 réflexions sur “Les personnages féminins

  1. Opinion intéressante je trouve et pas loin* de la réalité de ce que j’en connais.

    * « pas loin » car je ne suis (suivre) pas forcément tous les personnages féminins sur les RPG que je fréquente mais je pense qu’en tant qu’admin on y fait plus attention.

    En tant que joueuse, je sais que j’ai déjà fait des personnages de ce genre donc ça m’amuse de prendre conscience que je fonctionne souvent dans le cliché. ^^ Ce n’est pas un problème pour moi, j’ai souvent eu du mal à donner une réelle profondeur à mes personnages et je le fais. Pour mes personnages actuels, j’essaye d’éviter l’hystérie pour 2 personnages sur 3 (l’hystérie étant un trait commun entre les deux genres féminins dont tu parles plus haut). Je ne sais pas si je vais y arriver x)

    Et sinon, l’équivalent pour les mecs ? 😀

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    • Pour les mecs je trouve plus de variétés bizarrement. Il faudrait que je traîne sur des forums avec beaucoup de joueurs masculins cela dit pour voir ce qu’il en est lorsque ce sont eux qui les interprète. De ce dont je me rappelle, ça tourne généralement entre le dragueur irrésistible et la brute épaisse à tendance grobill cela dit, mais les joueurs étaient jeunes xD

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  2. J’aime bien jouer les deux. Et masculin et féminin. J’essaie généralement de faire des femmes fortes mais féminines et surtout… naturelles. De fait, je m’inspire très largement de mes potes ou moi-même – même si on a tendance à me prendre fréquemment pour un homme – Ceci dit, j’ai l’impression qu’on hérite très facilement du qualificatif « garçon manqué » si on joue un perso féminin qui ne passe pas son temps à préparer ses tenues et à faire la coquette, si on réagit sans forcément virer pivoine dès qu’un perso masculin nous adresse la parole ou si on est colérique (j’ai dit colérique, pas hystérique^^). C’est souvent dommage car les perso féminins cités dans ton article jouent entre elles et les perso masculins entre eux de crainte de tomber sur les premières. Du coup, existe-il vraiment une place pour les femmes « normales » ?

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    • Je dirais que oui. Comme pour tout en matière de rp en fait, il faut tomber sur de bons partenaires en face. Certains sont parfaitement prêts à jouer avec des personnages plus normaux et d’ailleurs même parmi ces extrêmes il y en a de très bons. Ma critique, pour être plus précis, vise davantage ce type de personnage lorsqu’ils sont interprétés sans la moindre finesse. Une hystérique, quand c’est voulu, ça peut être sympa. Quand la demoiselle en jeu l’est parce que sa joueuse ne sait pas qu’on peut avoir du caractère sans être une emmerdeuse patentée, c’est plus gênant x) Et de fait les personnages féminins « normaux » comme tu dis, tu peux parfaitement les jouer pour peu d’avoir affaire à des joueurs un peu plus matures en face. Il faut juste trouver les bons partenaires et, dans un sens, le bon forum.

      Après, le fait que ces personnages jouent entre eux… Pas toujours heureusement. Ou pas que, disons. D’autant que s’ajoute à ça d’autres raisons que la crainte d’avoir affaire à des clichés (la plupart des joueurs ne tiltent même pas à propos de ces similitudes dans les persos féminins). A commencer par les yaoïstes qui refusent l’idée de jouer avec des persos féminins parce que pour elles, le rp c’est amour, gloire et beauté version bishonen de mangas x)

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  3. Bon, je n’étais déjà pas douée par l’incarnation de personnages féminins mais là… Merci, Sheik’, de m’avoir fait (enfin !) prendre conscience que je donnais dans le cliché depuis de nombreuses années aussi bien dans un pôle que dans l’autre o/ Je vais essayer de nuancer un peu, ça ne me fera pas de mal :’) J’ai adoré l’article en passant : une flèche décochée en plein dans le mille façon Robin des bois, de main de maître.

    Dommage qu’il n’y ait pas encore la section « Clichés façon personnages masculins », je sens que je me serais aussi prise une belle claque x) Mais ma propre gafferie me fait sourire, est-ce grave docteur ?

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